Vous savez maintenant définir l’intention et l’objectif de votre écrit, identifier votre lecteur/public cible, la forme que doit prendre votre écrit et à quel titre vous-même écrivez. Vous avez aussi rassemblé les données et, si c'est nécessaire, la documentation utile à la rédaction de votre texte. Toutefois, avant de vous mettre à rédiger, nous allons encore parcourir ensemble au moins trois étapes essentielles relevant du second « S » de la méthode proposée : « la structure ».

Vous avez sous la main un stock d’informations disponibles pour nourrir votre sujet. Vous allez analyser et définir lesquelles sont pertinentes en fonction de vos objectifs, des destinataires et du contexte dans lequel vous êtes supposé délivrer votre message. Vous allez aussi vérifier leur cohérence et les trier en fonction de leur utilité plus ou moins directe avec votre sujet et vos buts définis. Schématiquement, cette action se résume ainsi :

Pour idéalement arriver à ceci :

Toujours pas d’écriture au sens propre du terme ici. Pour ce faire, vous utilisez un langage télégraphique, des expressions synthétiques, des symboles, des chiffres qui vous permettent de vous concentrer sur l’opération de « triage ».
… autrement dit, concevoir le plan et la structure de votre écrit. La démarche est comparable à celle de l’architecte qui établit son plan de base. Il n’y a pas un plan universel et passe-partout, le choix dépend de critères fonctionnels (type de document, sujet, lecteur cible, objectif du rédacteur) ou culturels, des facteurs non négligeables dans le cadre des Institutions européennes. Toutefois, tout bâtiment, même un labyrinthe, compte au moins, une entrée, un espace au sol, une sortie…

Pour les francophones, par exemple, le plan d’un rapport, doit impérativement être visible. Dans les cultures anglophones, la démarche n’est pas la même : « Les pierres de la construction anglaise sont stables par elles-mêmes et tiennent « à sec ». En français, le ciment est essentiel : les liens sont visibles (avec des termes comme « nous verrons d’abord », « pour analyser ensuite », « et aborder enfin »)… Ne dit-on pas en français d’un dossier bien construit qu’il est en béton ? Un conférencier français vous dira qu’il se sent prêt quand il a son plan. Cela veut dire qu’il a fixé l’itinéraire où il va convier l’esprit de ses auditeurs/lecteurs à le suivre. Mais on suit le guide. On ne s’égaille pas dans les fourrés des jardins à l’anglaise ». Ce qui ne veut pas dire que les anglophones ne structurent pas leurs textes, simplement, ils le font différemment et souvent de manière moins contraignante…
Quoi qu’il en soit, le plan de base de toute production écrite, dans le milieu professionnel, comporte la plupart du temps au moins :
Partant de cette structure simple, voici les points auxquels faire attention pour rédiger d’abord une introduction et une conclusion efficaces et ensuite la « structure » du corps de texte (le labyrinthe !).
Ces deux parties sont essentielles dans tout document. Elles assoient votre image auprès du lecteur. Ce sont les premières prises de contact entre le lecteur et vous, et souvent les seules quand il est pressé.
Le contenu de l'introduction variera, évidemment, en fonction du type de document concerné.
S'il s'agit de la réponse à une question qui vous a été posée dans un courrier, un modèle classique serait par exemple de faire référence à ce courrier et de rappeler la question :
« Monsieur,
Dans votre courrier du 12 mars 2016, vous nous interrogiez à propos de… »
Pour des documents plus complexes, un rapport ou une note, par exemple, l'introduction pourra par contre se dérouler de la manière suivante :
D’une entrée en matière captivante et efficace dépend l’envie de prolonger et d’approfondir la lecture mais aussi peut-être d’agir et de prendre une décision.
Pour ce qui concerne la conclusion, son rôle est en général de présenter de manière synthétique les éléments les plus importants que vous souhaitez que le lecteur retienne après avoir lu votre document. Au moment de la rédiger, revenez à la question que vous vous êtes posée au début : « Quel est le but du document que vous écrivez » ? C'est sur ces éléments que la conclusion doit entièrement reposer.
Si votre but est de pousser le lecteur à entreprendre une action, faites-le ressortir dans votre conclusion. De même si vous souhaitez l'informer de deux ou trois points importants, n'hésitez pas après avoir développé ces points dans le corps du texte à les répéter brièvement dans votre conclusion.
Pour certains types d'écrits (les rapports d'étude ou d'analyse par exemple), la conclusion est aussi le lieu où vous pouvez envisager une ouverture, suggérer de pousser la réflexion plus loin dans l’une ou l'autre direction que vous n'avez pas eu le temps ou la possibilité d'explorer. Il convient toutefois, en particulier dans le contexte d'une administration, d'éviter les digressions et les remarques de nature personnelle. Si vous souhaitez utiliser la conclusion pour suggérer d'élargir la réflexion à de nouveaux domaines ou de nouvelles approches, il est aussi recommandé d'éviter d'ouvrir des réflexions qui soient trop éloignées, voire opposées, à ce que vous avez écrit dans le corps de votre texte.
Enfin, dans le cas particulier d'un courrier, votre paragraphe de conclusion peut aussi être suivi d'une mention par laquelle vous informez votre lecteur que vous restez à sa disposition pour le cas où il aurait des questions supplémentaires. Vous pouvez également mentionner simplement que vous espérez que votre courrier a apporté les réponses que votre lecteur attendait. Il faut en effet se souvenir qu'un document écrit n'a pas pour seule vocation de transmettre des informations mais qu'il vise aussi toujours, de manière plus ou moins directe, à établir une relation.

S’ils sont des atouts de séduction de votre document, ils le structurent aussi. Ce sont également des outils de raisonnement (voir aussi chapitre 7).
Le titre principal est la carte de visite de votre travail. Il capte d’emblée ou non l’attention du lecteur, sa curiosité, et le décide à lire ou non. Mais, tous les titres de chapitres, sous-chapitres, sections, sous-sections sont susceptibles d’attirer votre destinataire et sont donc dignes de recherche. Toutefois, il ne faut pas confondre titres et sous-titres de documents professionnels et titres de journaux ou d’édito à moins que vous ne travailliez pour un service de presse ou le web.
Un document porte souvent un titre de travail qui n’est pas nécessairement le titre définitif, sauf obligation ou coup de génie. La fonction du titre est informative. Il dévoile le sujet de la recherche au lecteur, et son angle d’attaque tout en restant succinct. Un titre long rebute…
D’un point de vue technique, on préfère des titres ou des sous-titres où l’on retrouve au moins :
A vous donc d’exercer votre oeil et votre esprit critique en parcourant plusieurs titres ou sous-titres de documents en tout genres. Ayez toutefois en tête les règles de base suivantes :
Évitez si possible :
3 tournures à privilégier :
En fonction des critères énumérés ci-dessus, repérez les 4 meilleurs titres. Lorsque vous cliquez dessus ils apparaîtront en vert.
Ressources non renouvelables et taxation
L’économie des ressources naturelles
La stabilité des prix des ressources non renouvelables
Dette publique et croissance économique : investigation empirique pour la zone euro, l’Union européenne et les pays avancés
Les symptômes de la faillite : le cas de la Belgique
Information versus persuasion : la controverse autour de l’impact de la publicité sur les préférences des consommateurs
L’union monétaire des pays du Conseil de coopération du golfe : viabilité et perspectives d’avenir
Réalités économiques de la Confédération
L’incidence de la mobilité linguistique sur la situation économique et le rang social des travailleurs montréalais en 1971
Le corps de texte est l’ensemble des paragraphes entre l’introduction et la conclusion. Ces paragraphes doivent s’enchaîner logiquement.
Un paragraphe correspond théoriquement à une idée.
Il s’agit donc de décider maintenant de la manière dont vous allez les organiser et donc répondre à la question : « A quel endroit de mon texte, ce paragraphe/cette idée sera le plus efficace » ?
Comment allez-vous organiser vos idées par écrit pour atteindre votre objectif principal ?
Comme le fait remarquer L. Timbal-Duclaux, grand professionnel en la matière, l’ordre dans lequel on rédige n’est pas nécessairement celui dans lequel on a trouvé ses idées, ni celui que l’on espérait adopter pour les exposer ! Il faut donc s’attendre, comme Pénélope, à « plus d’une fois » remettre sa toile sur le métier…
Bon à savoir
Les Institutions européennes ont mis au point un Code rédactionnel qui invite à la clarté et à la simplification dans un environnement qui compte 28 nationalités et 24 langues officielles différentes. Il est identique dans toutes les langues et est consultable en ligne.
Les possibilités, en matière de choix de structure sont évidemment infinies. Il existe cependant un certain nombres de structures classiques parmi lesquelles vous pouvez choisir en fonction des objectifs que vous vous êtes fixés pour votre document.
Si votre objectif est d'expliquer une situation, d'informer votre lecteur à propos de celle-ci, de partager une analyse ou de présenter l'état d'avancement d'un projet, les quelques structures qui suivent, et que nous présentons de la plus simple à la plus complexe, pourront vous être utiles :
Les structures binaires : elles comparent ou opposent en général deux concepts qui s'opposent tels que Avant/Après (chronologique), Bien/Mal (évaluative), A faire/ A ne pas faire (opérationnelle), Avantages/Inconvénients (comparative), etc.
Les structures ternaires simples : elles se construisent comme les précédentes. On rajoute simplement un élément. On juxtaposera donc Avant/Pendant/Après, Positif/ Neutre/Négatif ou encore Fait/En Cours/A faire.
Les structures cumulatives : on fusionne divers types de structures simples (chronologique, évaluative, etc.) selon les besoins. Une des références en la matière est l’analyse PESTEL (dans laquelle on aborde successivement les aspects politiques, économiques, sociaux, techniques, environnementaux et légaux d'un projet. Au sein de chacune de ces dimensions, on peut éventuellement de manière cumulative envisager, par exemple, les forces ou les faiblesses du projet).
Les structures progressives /additives : comme leurs noms l’indiquent, on va « du général au particulier » ou le contraire, « du plus au moins » ou l’inverse, etc.
Si votre objectif est de faire passer des arguments ou de soutenir une option, vous pourrez être davantage intéressé par :
Une structure de type dialectique : elle est organisée selon le modèle classique thèse/antithèse/synthèse (on pourrait aussi dire : argument/contre-argument/compromis ou dépassement de l'opposition). Elle est particulièrement recommandée quand on doit évoquer des sujets polémiques, évaluer des problèmes complexes.
Une structure analytique : c’est une des plus difficiles à développer. Elle suppose une analyse personnelle du sujet ou problème. L’approche logique y prédomine, elle est courante en milieu professionnel : étude d’une situation donnée, causes et conséquences, et éventuellement des possibilités d’infléchissement. Certaines de ses variantes, comme le plan FOR (Faits, Opinions, Recommandations)
FAITS A. ..................... B. ..................... C. ..................... D. ..................... |
OPINIONS X. ..................... Y. ..................... Z. ..................... |
RECOMMANDATIONS 1. ..................... 2. ..................... 3. ..................... |
ou le plan SRPI (Situation, Problème, Résolutions possibles du problème, Implications), etc. conviennent particulièrement pour ouvrir ensuite un débat ou une discussion.
| SITUATION |
PROBLEME |
| RESOLUTION(S) |
IMPLICATIONS |
Il existe aussi un certain nombre d'autres structures de textes relativement flexibles qui peuvent être adaptées selon les intentions du rédacteur et les besoins des destinataires. Les deux plus courantes sont sans doute :

Quel que soit votre choix, il est essentiel de retenir qu’il faut penser à une structure avant de démarrer tout travail d’écriture, même si on peut éventuellement la modifier ou l'adapter par la suite.
Liens avec mon travail ?Il est essentiel de planifier, structurer, s’organiser. Vous commencez à le savoir. Voici une méthode qui peut vous servir à structurer vos idées, si vous n’avez pas encore trouvé chaussure à votre pied.
Les 4 P
Songez au prochain document que vous avez à rédiger au travail et utilisez ce tableau pour vous aider à en esquisser la structure de base et les points forts ...
P1
Position - Situation C’est la situation. Ce sont les faits et les nouvelles données. Référence est aussi faite aux modifications depuis la dernière discussion sur le sujet.P2
Problème C’est la question (ou le problème, ou l’opportunité qui se présente).P3
Possibilités Ce sont les choix spécifiques, les options qui sont possibles.P4
Proposition Il s'agit de votre conclusion, de vos recommendations.
Armé de votre plan détaillé au sein duquel vous avez hiérarchisé vos idées par concepts et mots clés, avant de vraiment faire des phrases, réfléchissez à l’enchaînement logique de vos paragraphes et à leur agencement tout en écrivant un « premier jet ».
Dans un « premier jet » (ou premier brouillon), on ébauche le texte en s’attachant principalement au fond et aux articulations principales du texte. On laisse de côté les aspects plus détaillés de la forme. On s’assure de ce que le plan et la structure choisis fonctionnent, que la division éventuelle en chapitres et sous-chapitres est claire, que les idées trouvent leur place en fonction de leur valeur, et que les paragraphes s’organisent, s’enfilent correctement. Au besoin, on adapte la structure.
Il ne faut pas hésiter à commencer par exemple par le chapitre, sous-chapitre, ou paragraphe qui vous inspire le plus à ce stade de travail. Il n’y a pas d’obligation de respecter le principe de linéarité de l’écrit. On peut sans problème commencer par le milieu du texte ou même par la fin. On vérifiera ensuite la cohérence ou la logique du texte.
Au fil des brouillons, c’est toute cette mécanique du texte que vous allez peaufiner jusqu’à ce que vous en soyez satisfait et alors, vous pourrez passez à la phase de rédaction « pure » qui fera l’objet du chapitre suivant.
Un paragraphe est un morceau de texte composé de phrases et qui, en règle générale, développe une idée, et une seule. Il forme, visuellement un bloc séparé du précédent ou du suivant par un retour ligne. Pour être efficace, un paragraphe doit idéalement être assez bref (dix lignes maximum).
Sa place dans le texte détermine principalement sa fonction des paragraphes et influence en partie la manière de le rédiger.
La fonction d’un paragraphe peut être :
Ce qu’on appelle les connecteurs logiques, organisateurs textuels ou marqueurs de relation sont, en quelque sorte, l’huile de moteur. Ce sont tous ces petits mots qui permettent un enchaînement fluide et logique des paragraphes, du texte. Ils le dynamisent et facilitent sa compréhension par le lecteur. On peut les classer et les répertorier de différentes manières, mais le tableau ci-dessous est un bon récapitulatif des « essentiels » :
Nature |
Exemples |
Rôle |
| Amplification | En outre, de plus, bien plus, et encore, par ailleurs, qui plus est, de surcroît, du reste | Indiquent un accroissement, un développement, un agrandissement |
| Concession | Bien que, malgré, encore que, quoique, pour autant que, si... que, même si, pourtant, cependant | Indiquent une restriction du développement ou de la portée d’une idée |
| Explication | C'est-à-dire, ainsi, notamment, en particulier, par exemple, à savoir, à ce propos | Précisent ou illustrent l’idée (passage d’une idée générale à un exemple particulier qui sert d’illustration) |
| Opposition | Mais, en revanche, au contraire, à l'inverse de | Ajoutent un élément contraire à une idée, une information, un argument |
| Condition | Si, à condition (de/que), dans le cas où | Indiquent que l’existence d’un état, d’une situation ou d’un fait est indispensable pour qu’un autre existe |
| Conséquence | Par conséquent, donc, en conséquence, pour cette raison, dès lors, c'est pourquoi | Montrent les effets d'une action, d'un message, d'une décision |
| But | Pour, afin de, avec l'intention de, vers, avec l'espoir de, dans le but de | Indiquent un objectif que l’on (se) propose d’atteindre |
| Comparaison | Davantage, plus que, moins que, autant, également, de même, de manière identique, à un degré supérieur (égal, moindre) | Indiquent un rapport de supériorité, d’infériorité, d’équivalence ou de similarité |
| Chronologie | Après, avant, dans un premier / deuxième temps, après que, ultérieurement, préalablement, en premier / deuxième lieu, plus tard, en attendant que, bientôt, ensuite, dès que, enfin, pour finir, en conclusion | Indiquent un rapport temporel d'antériorité, de postériorité, de simultanéité, etc. |
Faites l'exercice de la page 6 ou de la page 7 sur ce site spécifique. Vous y trouverez également les corrigés.
Pour bien comprendre les différences entre textes en général informatifs, explicatifs et argumentatifs.
Pour les types de textes injonctifs/prescriptifs.
Pour les textes argumentatifs/qui cherchent à convaincre.
Sur la « grammaire » du texte en général.
Sur les paragraphes argumentatifs, outre les liens déjà mentionnés dans cet ebook.
Une introduction aux catégories d'arguments que vous pouvez utiliser pour convaincre.
Quelques exercices sur la production d'arguments.